bio, biodynamie et 2016


Après une saison toujours aussi riche de plantations et autres murs en pierres sèches, je reprends le fil de notre blog. Il reflète notre vie au Domaine Lombard et notre vie de vignerons avec parfois le temps pour écrire quand on a des choses à dire, et parfois silencieux, quand la vigne ou le vin nous appellent ou tout simplement quand on n'a rien à dire (vertu qui se perd)

Je pense que tous les amateurs et autres vinophiles auront compris que 2016 aura été, au minimum, technique et éprouvant pour la vigne et pour les vignerons. Grêle, gèle, précipitations anormales auront été notre lot commun de la Loire à la vallée du Rhône en passant par la Bourgogne. Sur ces conditions climatiques dantesques s'est greffée une pression mildiou et oïdium rarement vue de mémoire de technicien.

Le travail sur la vitalité de nos sols et l'équilibre des vignes dans leur environnement que nous avons entamé depuis 2011 a été, certes, un de nos atouts sur 2016 mais n'aura pas suffi à totalement protéger notre récolte. Malgré les 17 traitements (pour comparaison, 5 en 2015) nous avons eu sporadiquement des petites pertes de récolte. C'est le prix à payer quand on travaille en agriculture biologique, et malgré ce millésime alibi au retour des «bioseptiques», nos valeurs, elles, n'ont pas souffert de la météo. Elles sont le fruit d'un mélange de convictions, d'expériences, d'échanges, de dégustations et d'espérances pour notre domaine, notre terroir et notre monde.

J'ai souvent écrit sur nos techniques viticoles, sur nos plantations massales, sur nos pratiques œnologiques en tentant de faire preuve de pédagogie et de pondération. Enfin je crois. Dans cet esprit, deux thèmes débattus par les acteurs de la filière nous ont tour à tour fait sourire, agacés voire carrément énervés.


1 Le retour des bioseptiques

Espèce de mouvance, née dans les années 70/80, pour qui sans chimie «c'est pas possible», voire «le vrai bio ça existe pas» et qui s'appuie sur une absence de connaissances agronomiques. Ils avaient presque disparu (ou du moins leurs voix se faisaient plus discrètes) et on voyait même apparaître des discours de domaine en conventionnel du type «c'est bio mais on n'est pas certifié car on garde la possibilité de traiter» on appelle ça le «biolike» (je laisse le lecteur libre de juger de la crédibilité de tel discours). Or, utilisant des publications courageuses et honnêtes de vignerons en bio exprimant leurs difficultés, leurs questionnements dans ce millésime compliqué, la pensée bioseptique a fait son retour.

«La fin du BIO»ou «le bio remis en question» et je ne parle pas des réseaux sociaux

Je ne contre-argumenterai pas tous leurs discours car cela a été fait depuis 20 ans et l'agriculture biologique a, depuis longtemps et de manière scientifique, montré sa puissance (au sens agronomique) par rapport au conventionnel. Pour exemple je renvoie au travail des époux Bourgignon, anciens de l'INRA et référence mondiale reconnue scientifiquement (on sait que les bioseptiques aiment bien ce mot) dans la vie des sols.


2 Biodynamie n'importe quoi


 

Pour bien comprendre ce que je vais écrire, je dois faire un préambule:


On met souvent l'agriculture biologique et biodynamique sur le même plan. Pour nous c'est une erreur, l'agriculture biologique est un état que l'on certifie: on l'est ou pas simplement. La Biodynamie est une voie dans laquelle on s'inscrit, c'est un
chemin. Je pèse mes mots, elle se certifie, ou pas et n'est la propriété de personne car on ne privatise pas une pensée.


Cette réflexion commence il y a plus d'un an lors de mon passage du Certiphyto.

Examen obligatoire depuis le Grenelle de l'environnement pour pouvoir acheter et utiliser des produitsphytosanitaires qu'ils soient bio ou pas.


Le formateur (très compétent) détaille la législation et les différents types de cultures: conventionnelle, raisonnée (celle-là nous a toujours fait marrer: les autres sont irraisonnées? bref) puis le tour du bio. Dans les différentes pratiques du BIO arrivent, les fraîchement baptisées PNPP (les préparations phytopharmaceutiques naturelles peu préoccupantes) soit le purin d'ortie ou autre décoction de prêle par exemple, qui sont des préparations directement issues des pratiques Biodynamiques; en l'occurrence.
Quand on attaque la Biodynamie, le formateur s'exprime en ces termes «cela repose sur la dynamisation, la mémoire de l'eau, la bouse de corne… bref faut y croire…». Certes ces trois principes font partie de la Biodynamie mais, à mon sens, on ne peut la résumer à cela. Et bizarrement quand on arrive à expliquer une des préparations biodynamique (fameuses PNPP par exemple), ces préparations s'en trouvent extraites (et classée en bio) pour ne laisser à la Biodynamie que ce qui «ne s'explique pas encore».







Ma réflexion se poursuit ces derniers mois, à la lecture de blog de dégustateurs plutôt confirmés, qui mélangent allégrement Biodynamie, sans soufre et politique, soutenus par quelques articles maladroits, baignés de scientisme aveugle et documenté à charge, non pas contre la Biodynamie, mais contre Rudolph Steiner son initiateur. Celui de Michel Onfray restant un exemple dans son livre Cosmos Spirituel.

Et sur ce point, on pense qu'il y a matière à débattre:


Premièrement, beaucoup considèrent Steiner comme l'initiateur d'une pensée, la Biodynamie. Pensée qui été appliquée à ce qu'on appelle la ferme globale, c'est à dire en polyculture, respectant les rythmes agronomiques du vivant et les rythmes astraux; ferme globale qui développe une autosuffisance par la réutilisation des déchets d'une production dans une autre. C'est pour cela que dans de nombreuses propositions de Steiner sur les composts, ceux-ci sont enfouis dans des panses d'animaux de la ferme. La panse est un «déchet» de la production animale, la présence de sucs gastriques active les processus de décomposition et in fine a aussi une portée philosophique sur le contenant qui modifie le contenu. Monsieur Onfray
choisit de ne voir que le coté mystique (selon lui du rapport contenant/contenu) dans les lignes qu'il rédige:


Cinquième recette : s'enquérir de pissenlits, les coudre cette fois-ci dans un mésentère
de bovidé. Placer la préparation en petites boules dans la terre. Les sortir.
Constater ceci : « Elles sont effectivement (sic) totalement (sic) pénétrées
d'influences cosmiques » (174). Ajouter au fumier et, selon le principe
homéopathique, disposer ainsi, avec quelques grammes de pissenlit enfouis dans
des viscères placés sous terre, d'un produit capable de vivifier le tas de
fumier qui se trouve dans la cour de la ferme. Ce fumier sublimé et répandu
permet aux plantes de devenir sensibles : elles captent alors tout ce qu'il est
possible de capter.


 

Enfin, souvent on oppose dans l'anthroposophie, la science à l'intuition comme monsieur Onfray dans ces lignes:


 

Lapensée anthroposophique oppose deux mondes de façon manichéenne : celui,
négatif, de la modernité avec le matérialisme, le scientisme, la raison, la
chimie, les engrais, la matière, la mort et celui, positif, de l'anthroposophie
avec l'esprit, le corps éthéré, les traditions, le cosmos, l'astrologie,
l'ésotérisme, l'occultisme, l'intuition, la nature, la vie.


 

L'œuvre de Steiner est si vaste que je ne sais pas s'il se revendique de cette dichotomie entre science et intuition, ou si on lui attribue cette version de l'anthroposophie. Par contre, on trouve sa critique du productivisme agricole qui n'est qu'une dérive de la science agronomique de l'époque. En outre, je soutiens que bon nombre de découvertes scientifiques ont pour point de départ l'intuition, Galilée pour ne citer que lui, eu l'intuition que la terre été ronde… Et en parlant d'intuition, on oublie souvent le texte de Steiner qui eut l'intuition des dérives de l'agronomie sans philosophie, intuition corroboré par la science des années 90. Il écrit en 1923:

Si le bœuf mangeait directement de la viande, il en résulterait une sécrétion
d'urate en énorme quantité, l'urate irait au cerveau et le bœuf deviendrait
fou. Si nous pouvions faire l'expérience de nourrir tout un troupeau de bœufs
en leur donnant soudain des colombes, nous obtiendrions un troupeau de bœufs
complètement fous. C'est ainsi que cela se présente. Malgré la douceur des
colombes, les bœufs deviendraient fous.

 

A ce moment de mon article il me semble important de vous apporter une information: nous ne sommes pas des adorateurs gagas de Steiner comme si l'on était dans une secte dont il serait le gourou. De plus ses propos antisémites comme les propos homophobes de Pierre Rabhi ne nous rendent ces hommes que peu sympathiques. Mais ce n'est pas la sympathie que nous cherchons chez eux... plus précisément Steiner nous intéresse car il nous a laissé une certaine vision de l'agriculture dans laquelle le questionnement sur nos pratiques reste perpétuel, ou l'intuition est libérée et où nous replaçons le végétal au centre de notre réflexion sans tenter d'être toujours dans la domination de ce dernier.

 

C'est notre vision de la biodynamie, un chemin de réflexion et une immense boite à outils que l'on expérimente avec réussites et échecs.

 

Et pour ceux qui sont arrivé au bout de cet article surement indigeste (on les en remercie), nous rajouterons deux choses plus légères:

 

En tant que vignerons nous avons deux métiers, celui d'entretenir notre terre et celui de métier de bouche.


 

Tout ce vaste article se résume à ce que l'on dit à nos stagiaires: «la biodynamie c'est travailler sur l'intime de la plante, c'est savoir que l'on ne sait pas tout et se questionner».


 

Rédigé le  27 août 2016 18:40 dans Actualités  -  Lien permanent

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