Ne m’appelez plus jamais nature …

 


De récentes discussions avec des amis vignerons me poussent à faire un point sur notre façon de penser.


 


Au cours de notre parcours de vignerons nous avons réalisé de petits tirages sans souffre et travaillant en agriculture biologique et biodynamique, certains journalistes nous ont donc classés « nature ». Ce qui dans un premier temps ne nous choque pas.



Or ça se complique quand, lors d’une tournée commerciale sur Paris, certains cavistes nous ont rétorqué que ça « ne sentait pas le sans souffre » et plus récemment quand l’un des sommeliers de la maison Pic a lui aussi été étonné par la « droiture » de nos vins.

 


De plus, un vigneron, à qui j’expliquais comment nous travaillons, en conclut que nous « n’étions pas nature car nous maitrisions trop les températures lors de la fermentation ».


 


Ces réflexions, notre curiosité de vigneron et l’émergence de ce « mouvement » nous ont poussés à creuser la question et quand on creuse….on déguste !


Et là nous nous sommes retrouvés devant un énorme gloubi-boulga de vins.


 


D’un côté, des vins superbes, expression de terroir, droits, libres avec de belle buvabilité. Des vignerons, souvent pionniers de l’agriculture Bio, qui restent des modèles depuis longtemps pour nous.


 


Et de l’autre des vins informes, à la limite du buvable et cumulant tous les défauts du monde : acescence, acétate d’éthyle, évent, oxydation non maitrisée… Dans lesquels, il est impossible de découvrir un terroir, un cépage. Des vins incompréhensibles et malades à propos desquels un certain « tout Paris » s’extasie.


 


  


Comment peut-on réunir ces 2 types de vins sous un même nom, une même philosophie, une même étiquette?


 


Les énervés du « nature » parlent souvent de terroir, mais prenons l’acétate d’éthyle comme exemple ; son goût est identique au nord et au sud, le même goût sur un cabernet franc et sur un grenache. Finalement, sa trop forte présence tend à standardiser les vins comme l’utilisation des levures sélectionnées !


 


Tous ces défauts mis bout à bout, et l’utilisation à tout va, de la macération carbonique conduisent à l’inverse de notre vision du vin. Le non-interventionnisme conduit inéluctablement à une standardisation des vins et à une négation du terroir et du rôle du vigneron. Dans notre esprit, nous tentons le moins possible d’intervenir sur nos vins mais « ne rien faire » c’est déjà faire quelque chose, c’est un choix et surement pas un dogme ou une règle.


Nous accompagnons les vins sans les brusquer mais en les préservant des défauts et maladies œnologiques.


 


Alors oui, nous sommes en agriculture biologique, en Biodynamie, nos vendanges sont manuelles, nos vins sont toujours aux alentours de 40 mg/l de so2 total et nous n’utilisons pas d’autre additif. En fait, nous pensons que le vin est vivant mais nous travaillons à basse température, nous filtrons de temps en temps, nous utilisons des barriques de 1 vin, nous éraflons parfois et nous intervenons quand cela est nécessaire et selon notre sensibilité.


 


Alors ne m’appelez plus jamais nature.

Rédigé le  3 mai 2014 9:15 dans Actualités  -  Lien permanent

Commentaires

Merci pour ce coup de gueule d'une clarté implacable !!!! Vive la sécession !
Publié par : Fabienne Völlmy - 2 mai 2014 20:47
Cher ami vigneron

Le lien est arrivé sur ma page Face Book : Alsace Viti

Je peux comprendre qu'une classe de consommateurs recherche les vins un peu barrés, si tel est leur désir, pourquoi les en empêcher ?

Mais tel n'est pas le propos que je crois discerner dans vos lignes.

L'objectif d'une charte de vins naturels, si elle devait naître, serait d'obtenir un breuvage sans additif aucun. Or l'idée que je perçois serait qu'on ne peut pas obtenir de bons vins sans une aide d'additif quel qu'il soit : levure, SO2, ou autres...

Je crois aussi que la nécessité d'interventionnisme est fonction de la qualité viticole, c'est-à-dire la qualité agronomique. Plus un sol ne fonctionne pas, plus il faudra intervenir oenologiquement sur le vin.

Bien sûr, un acétate d'éthyle s'impose gustativement quand il est en quantités trop importantes. Faut-il pour autant empêcher tous les acides de la série acétique ? Personnellement, je me dis que quand une bactérie fermente du malique en lactique, ce n'est pas tant l'effet désacidification qui est intéressant que toute la somme de composés qui auront été transformés à travers cette fermentation malolactique, ce qui également pourrait être aussi vrai pour une fermentation acétique, où il ne s'agit pas d'obtenir des degrés acétiques tels que tous les arômes autres soient annihilés, mais de rechercher une dégradation plus avancée de la matière que la seule fermentation alcoolique. Et finalement rechercher une stabilité minérale du vin plus aboutie. Car plus un vin est stable, moins il a besoin de SO2.
Publié par : David Lefebvre - 5 mai 2014 15:24
Merci pour cet article dont je partage intégralement la philosophie.
Publié par : JF Guyot - 5 mai 2014 18:20

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas tant que l'auteur ne les aura pas approuvés.
Le nom et l'adresse email sont obligatoires. L'adresse email ne sera pas affichée avec le commentaire.
Votre commentaire
Votre nom *
Votre Email *
URL de votre site
 

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

La consommation de boissons alcoolisées pendant la grossesse, même en faible quantité, peut avoir des conséquences graves sur la santé de l’enfant.

Vendre ou offrir à des mineurs de moins de dix-huit ans des boissons alcoolisées est interdit.