Tout est une question amère... ou pas.

Un récent article de Sandrine Goeyvaerts, ravive chez nous des souvenirs à propos de longues discussions sur les amers…


Cette sensation, car ce n’est pas un goût, est l’une des plus complexe et subtile à appréhender. Elle est le sursaut d’âme de tous les grands vins et à contrario, le caractère rédhibitoire des vins issus de vendanges produites à trop fort rendement ou d'extractions trop violentes.


Mais je reviens à ma première pensée à la lecture du mot « amer ». En dégustation avec un groupe de britannique encadré par Paul Barker, Emmanuelle et moi-même avions tenté d’expliquer à l’auditoire Anglo-Saxon que nos vins reposaient sur l’équilibre entre le fruit et la fleur de la syrah et les amers de la grappe entière. A ce moment-là, Paul nous expliqua que la traduction du mot « amer » était pratiquement toujours assimilée à un défaut en anglais. Quelle stupéfaction pour nous ! Le peuple de la bière, qui appréciait la dégustation et donc avait cette sensation en bouche ne voulait pas y mettre le mot : les amers !


Cela nous pousse à définir notre « grille de lecture ». Et oui, il n’existe pas de buveurs sauvages mais plutôt des consommateurs, dégustateurs et professionnels du vin, qui, chacun, ont leur « grille de lecture », consciente ou inconsciente, construite ou pulsionnelle…


La nôtre est simple :


L’émotion : la plus importante, c’est ce petit quelque chose quand le parfum monte à notre nez, quand nos lèvres effleurent ce liquide fermenté pour la première fois, que notre bouche s’emplit goulûment de ce fruit. Vous nous direz alors:- «  où est la grille, l’analyse ? » La grille vient de commencer ! Volontairement, nous nous interdisons d’imaginer le goût d’une bouteille en subodorant des arômes ou la qualité du vin par rapport à l’appellation, le cépage ou  la réputation du vigneron. Et oui s’ouvrir à l’émotion,  c’est déjà un travail.


C’est comme entrer dans une exposition d’art moderne en se disant « l’art moderne c’est  nul »… on ne risque pas d’être ému !


 


 

 


Après vient le temps du décorticage et là, nous revenons à nos amers. Dans nos esprits c’est le corps du vin avec son indissociable compère : l’acidité.


Pendant longtemps, on a écrit et expliqué que c’était la structure tannique la colonne vertébrale des vins. Quelle folie ! Qui nous a conduits à des vins type armoire normande au physique de culturiste, qui vieillissent mal !


 


 


 


 


 


Les amers sont multiformes, selon les cépages, les régions, la vision qu’a le vigneron de son terroir. Mais pas de belles bouteilles sans beaux amers autour desquels les arômes, les tanins viendront graviter. C’est l’exhausteur de tous les arômes. C’est comme cela que nous avons compris, peut-être à tort, la « sève » des vins de Selosse ou d’Hubert Lamy par exemple.


Cette grille est personnelle. Elle est le fruit de nos expériences, de nos rencontres et de nos dégustations. Elle ne nous coupe pas de l’émotion mais permet d’en expliquer les raisons presque à chaque fois. Presque ? Oui, car le vin est un chemin qui n’a pas de fin, juste des directions...


 


 


 

Rédigé le  24 jan. 2015 10:05 dans Actualités  -  Lien permanent

Commentaires

Aucun commentaire pour cet article.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas tant que l'auteur ne les aura pas approuvés.
Le nom et l'adresse email sont obligatoires. L'adresse email ne sera pas affichée avec le commentaire.
Votre commentaire
Votre nom *
Votre Email *
URL de votre site
 

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.

La consommation de boissons alcoolisées pendant la grossesse, même en faible quantité, peut avoir des conséquences graves sur la santé de l’enfant.

Vendre ou offrir à des mineurs de moins de dix-huit ans des boissons alcoolisées est interdit.