Carnet de bord


   #terroirmonamour

Depuis bientôt 10 ans le monde du vin a envahi les réseaux sociaux. Moi le premier, je publie des photos de bouteilles, des découvertes, de nouveaux domaines et mes états d’âmes œnologiques… je pense que cela a permis de démocratiser cet univers, parfois ésotérique dans la bouche de certains professionnels.

Mais nous n’avons pas échappé au mal de ces réseaux : discussion sans fin, raccourcis scientifiques,  arguments fallacieux et autre contrevérités … et tout cela nous a éloigné du fondamental, le terroir !

Et oui ! le terroir est un mot qui peu à peu disparaît des discussions et donc de nos esprits. L’exemple le plus frappant est le débat sur les vins « nature », où les « pour » et les « contre » s’entre-déchirent sur les doses de soufre mais où les deux parties éludent très souvent la notion plus complexe, plus fine et surtout plus intime de terroir.

Reprenons la base

Et pour une fois partons du produit du terroir : le vin. Par définition le vin est le résultat de la fermentation complète ou partielle du raisin.

Une fois que l’on a dit ça on n'a rien dit !

Ce qui est plus intéressant c’est qu’aucune analyse (même au niveau moléculaire) ne peut en définir les qualités organoleptiques. Alors qu'est ce qui fait la qualité, l’identité, l’âme d’un vin ?

A mon sens, et je crois que je vais paraphraser N. Joly, le vin est la vision d’un terroir à travers le prisme de l’Homme.

En effet, le terroir est l’ensemble des données macro et micro climatiques, géologiques et historiques d’un lieu ; une sorte d’écosystème. Une vigneronne ou un vigneron a sa propre vision de ce lieu où en même temps poussent ses vignes et où il vit. De manière consciente ou inconsciente il transmet cette vision dans son vin.

Certaines définitions intègrent le travail de l’homme au terroir, car c’est le révélateur indispensable de ce dernier.

Comme vous l’imaginez cette question est vaste. Plus difficile à étudier,  appréhender et expliquer. J’espère que nous, amateurs, professionnels, producteurs et journalistes, ne succomberons pas à l’air du temps, l’air de l’inculture, de l’intolérance et de l’ingurgitation massive d’idées simplistes et préconçues.

Après, la notion de  « terroir » induit de multiples questions :

L’agriculture biologique et/ou biodynamique est-elle un bon outil de transmission des terroirs ?

Quel est l’impact du non travail des sols sur le terroir ?

L'effet millésime est-il plus ou moins important que l’effet terroir ?

Comment l’omniprésence de l’œnologie moderne modifie-t-elle l'expression du terroir?

Que penser des résultats obtenus par des mercenaires vinificateurs payés à prix d’or par des domaines de renom et qui ne connaissent même pas les vignes qu’ils vinifient ?

Et bien sûr, le sulfitage massif « bête et méchant » et le non sulfitage dogmatique tendraient-ils à gommer le terroir ?

Mais pour finir, la base de tout reste le terroir et le travail qui l’entoure. Il faut que nous le remettions  au centre.

Peut-on rêver d’un monde viticole qui parlerait autant du terroir que des niveaux de  soufre ?

  La guerre des clones a commencé

Ceux qui suivent la vie du domaine le savent, mais je fais un petit résumé pour les autres. Lors de la reprise du domaine, notre parcellaire ne comptait que 7 hectares de vigne plantés en 2 tranches : l’une vers les années 50, l’autre dans les années 90. La mission qui nous a été donnée, à Emmanuelle et moi, était d'agrandir ce vignoble jusqu'à  une 15aine d’hectares. Ben voyons !

Tous les vignerons et les geeks du vin connaissent la première question que l’on se pose quand on veut planter une vigne : « clone » ou « massale » ?

Les clones : bien plus qu’une variété, c’est la sélection d’une seule souche génétique choisie pour une série de caractères prédéterminés. Ce clone qui n’a pas de nom mais un numéro, (quelle poésie !), est issu de croisements successifs de différents « individus » jusqu’à l'obtention des caractères souhaités, puis on multiplie.

Pour mémoire :

L’assurance de la qualité et de l’innovation !

L’Institut Français de la Vigne et du Vin et l'INRA sont les deux établissements de sélection officiellement reconnus en France pour présenter et obtenir l’agrément des clones sélectionnés.

http://www.vignevin.com/entav-inra.html

C’est un peu comme si on peuplait une ville uniquement avec des «grands blonds aux yeux bleus »...

Une massale, ou plus exactement « être dans une démarche massale » est son contraire Elle part du principe que la diversité génétique à l’intérieur d’une même espèce est une richesse.

Toute corrélation ou similitude avec des faits historiques, actuels ou passés, ne serait que fortuite !

Donc, être dans une démarche massale, c’est, très concrètement, observer dans de vieilles parcelles les individus qui ont des caractères agronomiques d’adaptation au milieu et des  références œnologiques intéressantes, prélever des bois et les multiplier. De ce fait, quand on nous livre nos plants issus d’une sélection massale, on  retrouve un éventail de profils génétiques différents.

Vous imaginez quel est notre choix ! Car la guerre entre « clone » et « massale », avant même d’avoir commencé, est déjà gagnée par la pluralité génétique.

A la vigne, que nous apprend la dynamique des populations ? Étant déjà  en monoculture, quelle faiblesse introduisons-nous dans notre vignoble en utilisant une unique souche génétique !

Par exemple, l’oïdium et le mildiou sont des champignons. Les champignons ont une grande facilité à  muter et à s’échanger des gènes de résistance… je vous laisse imaginer les quantités supplémentaires d’IBS (inhibiteur de la biosynthèse des stérols, tout un programme !) ou de cuivre ou de soufre qu’il faudra mettre en jeu quand les champignons auront trouvé les faiblesses du patrimoine génétique de notre individu unique.

A la cave, n’en parlons même pas… tout notre travail est de laisser le plus de liberté aux différentes parcelles, aux différents lots, aux différentes  barriques afin qu'ils et elles  développent des arômes, des textures et des structures les plus variés possible. Pour que, à la fin, nous ayons la plus grande diversité dans nos chais et que lors des assemblages, nous puissions « construire » aussi l’histoire de notre terroir. Vision du vin, qui est difficilement compatible avec les standardisations du patrimoine génétique, vous nous l’accorderez.

Pour nous, cette décision a, depuis longtemps été prise car, depuis notre arrivée au domaine Lombard, un hectare de Marsanne et un hectare de Syrah provenant d’une « massale » de Crozes-hermitage ont été plantés. Et cet hiver, un hectare de Syrah d’une « massale » de la Côte-rôtie est en préparation.

Le droit à la sélection massale est régulièrement remis en question par les autorités françaises et européennes.  Pour ne pas se retrouver comme des céréaliers qui se sont vu interdire le droit de replanter certaines graines de leur propre production, il faudra défendre ce droit fondamental qui est la pierre angulaire de la richesse de nos vins.

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